Zabladowski.org



Source: L'espresso de Télérama

Non mais quelle connasse!

Ce genre de hasard doit vous arriver une fois au cours d’une vie de journaliste: observer à son insu une personne lisant l’article que vous avez écrit sur elle. Quand cette personne s’appelle Christine Angot, l’effet de sidération est d’autant plus grand: suivre en direct ses faits, gestes et états d’âme alors qu’elle vient de les retranscrire par le menu dans son roman, il y a de quoi donner le vertige. L’incroyable s’est produit dans un café de Saint-Augustin, à Paris, où l’écrivain lisait Télérama à la table d’à côté. Et la dame de se mordre les joues, de se taper le front du poing, de fulminer à toutes vapeurs. Précisons que la critique qui la mettait dans cet état était sincèrement élogieuse, et défendait, entre autres, la nouvelle sagesse et la limpidité de style de son livre Rendez-Vous. Une fois l’article lu, Christine Angot saisit fébrilement son téléphone portable : "Allo, t’as lu Télérama ? Non mais quelle connasse ! Ça ne sert à rien que j’écrive des livres si c’est pour être lue par des connasses pareilles ! Comment veux-tu que mon ostéo s’en sorte si je dois supporter des papiers de connasses comme ça ! Comment ça, c’est bien ? Mais non ! J’ai écrit tout le livre pour montrer que cet homme m’aime, et cette connasse dit tout l’inverse !"  Dur métier.

 11/09/2006
 fabrice

Wong Kar-Wai de Thierry Jousse

Ed. Cahiers du cinéma/les petits cahiers - 2006

Depuis qu’il a été découvert en France, avec Chunking Express (1994), le cinéaste Wong Kar-Wai divise les spectateurs comme la critique : trop maniéristes et superficiels pour certains, ses films sont pour d’autres de précieux objets visuels et sonores dont l’incontestable inventivité formelle en fait des pierres angulaires du cinéma contemporain. Thierry Jousse, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, devenu à son tour réalisateur (Les Invisibles), et qui, occasionnellement, écrit encore sur le cinéma dans l’excellente revue Panic, appartient manifestement à cette seconde catégorie, celle des thuriféraires du réalisateur chinois. En témoigne un livre concis (90 pages) et passionnant, sorti dans la collection "Les petits cahiers". Dans un premier chapitre consacré aux six premiers films du réalisateur, Jousse montre comment Wong Kar-Wai a peaufiné son regard et imposé sa logique de fabrication au fil de projets souvent chaotiques, tout en dégageant certaines constantes stylistiques (narration ouverte, goût pour l’inachevé, prolifération des registres d’images, collages musicaux), décelables dès ses premiers pas en tant que scénariste, jusqu’à l’œuvre mature qu’est Happy Together. Il s’arrête ensuite plus longuement sur In the Mood for Love et 2046, un diptyque analysé à l’aune de critères spatiaux, temporels et référentiels. Jousse parvient de manière limpide, sans exégèse forcenée, à pénétrer le labyrinthe d’images et de sons offert avec ces deux films jumeaux, et révèle quelques pistes cruciales pour mieux comprendre le cinéma de Wong Kar-Wai. La nostalgie des années 60, l’incarnation des personnages, le cinéma comme décor, les lieus clos, le déracinement, le fétichisme exacerbé sont parmi les points importants abordés. Malgré quelques lourdeurs de style, inhabituelles de la part de Thierry Jousse, et une place réduite accordée au rôle essentiel de la musique dans ce cinéma sensoriel (Jousse fut  d’ailleurs chroniqueur musical aux Inrockuptibles), ces courtes études thématiques s’avèrent être une porte d’entrée idéale pour découvrir ou approfondir l’oeuvre du grand Wong Kar-Wai. Au-delà, elles laissent deviner la fragile ligne de partage entre main mise absolue et lâcher prise : deux notions indissociables de la mise en scène de Wong Kar-Wai, qui communiquent à tous ses films ce sentiment de forme mouvante, "donnant la sensation de s’inventer devant nous".  Pour finir, une dernière partie riche en documents et propos variés achève ce livre destiné à tous les lecteurs curieux qui se passionnent pour le cinéma en général (et pas seulement pour celui de WKW).


Source: Télérama

Journal d’hirondelle d’Amélie Nothomb

Les éditeurs misent sur eux, mais ils nous ont déçus...

Ce Journal d’hirondelle est un récit poids plume. Si frêle, si léger. Une nouvelle à peine, une anecdote pas plus. Ecrite avec autant de malice que de désinvolture. L’histoire d’un tueur à gages qui meurt d’amour pour une jeune fille qu’il a éliminée. Aussitôt lue, aussi vite oubliée.

 11/07/2006
 laurent

Mémoire de mes putains tristes

Editions Grasset

- Qu’est-ce que tu lis?
- Mémoire de mes putes tristes.
- Ben dis-donc! tu ne te gênes pas toi!
- Mais c’est de Gabriel Garcia Marquez (le genre de prétexte de la mort qui tue).
- ah... et ça raconte quoi?
- Un vieux qui à l’occasion de ses 90 ans veut se taper une petite vierge de 15 ans...
- (Toutes les femmes en coeur) Berk! Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir d’intéressant à ça!
- Les hommes si... (Tous les hommes sourient)


Source: A mad tea party

Histoire de zombies

En regardant La nuit des morts-vivants (enfin, la première moitié, d’abord parce qu’un membre de la maisonnée a commis le crime d’utiliser ma cassette vidéo pour enregistrer autre chose, puis parce que le magnétoscope, visiblement de plus en plus impressionnable avec l’âge, s’est coupé après une demie heure de la rediffusion), je me demandais s’il existait une littérature de zombies, comme la littérature de vampires ou de loups-garous. Et si c’est le cas, est-elle ancienne? Parce que la figure du zombie, telle que représentée dans notre imaginaire actuel, me parait essentiellement moderne... Même si j’imagine bien que le zombi vaudou ou les histoires de revenants, c’est pas neuf, il me semble que la créature a évolué, là où le vampire, par exemple, reste très traditionnel. Phénomène moderne, c’est-à-dire lié à la culture de masse : un zombie tout seul, ça fait ricaner, c’est quand il y a une armée de ces créatures balourdes et pas très futées que ça devient flippant. Et souvent associé à une critique sociale très vingtième siècle: métaphore de la société de consommation, de l’endoctrinement des foules, etc.

J’ai trouvé une réponse à ma première question en ouvrant le dernier Stephen King, Cellulaire. Il faut savoir que je n’ai jamais été très fan du bonhomme : il a sûrement quelques bonnes idées, mais je le trouve trop bavard. Les quelques romans de lui auxquels j’ai été confrontée mériteraient à chaque fois d’être amputés d’une petite centaine de pages. En plus, je reproche au King sa tendance à prendre le lecteur pour un con, en s’obstinant à souligner au gros marqueur rouges la mise en place de son récit. 

Cellulaire, donc. Comme souvent dans les romans ou le cinéma de genre, ça reprend un bon vieux classique et en respecte scrupuleusement les codes... On se laisse prendre par cette histoire de zombies et de nouvelles technologies, ces scènes d’apocalypse au cours desquelles on suit l’inévitable groupe de survivants héroïques... Mais malgré quelques velléités d’originalité (les morts-vivants ne sont pas morts, même s’ils sont physiquement en état de décomposition, les survivants sont essentiellement des vieux, parce qu’ils n’avaient pas de téléphone portable), on attend en vain le petit détail qui fera sortir tout ça du strict premier degré.

En fait, je crois que si ça avait été l’œuvre d’un inconnu, publiée dans une obscure collection, Cellulaire aurait pu être tout à fait sympathique, anecdotique mais enthousiasmant. Or, face à cette couverture cartonnée qui coûte cher, cette photo de l’auteur au dos du machin, cette invasion des librairies, on a envie d’exhiber sa déception, même si elle est quelque peu teintée de mauvaise foi.

 31/01/2006
 vincent

Douglas Coupland - Girlfriend in a Coma

Editions 10/18

Malgré son titre, Girlfriend in a Coma n’est pas l’autobiographie de Morrissey. C’est un livre de Douglas Coupland qui est à la littérature contemporaine, ce que Six Feet Under est à la série télé: une radioscopie inégalable de la classe moyenne actuelle. Une classe moyenne qui, piégée dans une société ultra-matérialiste où tout est ramené à la consommation, est en perte de repères sûrs et se cherche indéfiniment.

Avec un tel créneau, Douglas Coupland pourrait facilement verser dans l’altermondialisme primaire ou dans la propagande gauchiste hypocrite. Heureusement, il n’est en rien. Le message de Coupland est clair: "On n’a pas la vie qu’on avait rêvé, mais cela ne nous empêche pas de vivre. On fait aller".

Dans Girlfriend in a Coma, Douglas Coupland va plus loin et nous montre ce qu’il faudrait faire pour provoquer un changement. Sans dévoiler les tenants et les aboutissants, la conclusion de son livre est sans appel et aurait pu s’appeler Théorie quantitative de la démence.

 24/07/2004
 vincent

Honnêteté inattendue

Vous l’avez sûrement déjà lu quelque part tellement cet extrait à fait le tour du monde mais au cas où vous ne seriez pas au courant, voici la perle de la prochaine décenie...

"Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective  plus business, soyons réaliste: à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible: c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible."  Patrick Lelay, PDG de TF1, interrogé dans le livre Les dirigeants face au changement

 03/02/2004
 vincent

Dantec : le fascisme fait-il vendre? (II)

Les positions de Maurice Dantec risquent quand même de poser un sacré dilemme à quelqu’un. Mathieu Kassovitz ayant annoncé sur tous les toits que son prochain film serait l’adaptation de Babylon Babies, je vois mal cependant, vu ses convictions, comment il arriverait à assurer la promotion d’un film inspiré d’un livre d’un écrivain ouvertement tendancieux ou fasciste (c’est selon)... A voir la réaction de Vincent Cassel (également du projet) tombant des nues lorsque Thierry Ardisson lui a appris que ce n’était pas une rumeur, il a un vrai problème...

 23/01/2004
 laurent

Dantec : le fascisme fait-il vendre?

Dans la série "est-ce que l’on peut aimer un artiste indépendamment de ces idées ou de ses actes en tant que citoyen?" (j’espère que vous avez vu l’allusion à peine voilée à Cantat), Maurice G. Dantec, le célèbre écrivain (Babylon Babies, Les racines du Mal, Villa Vortex ou encore Laboratoire de catastrophe générale : Journal métaphysique et polémique 2000-2001), a écrit deux lettres de soutien au groupe d’extrême droite Bloc Identitaire, dont un des membres avait tenté d’assassiner Jacques Chirac le jour de la fête nationale française.

"Votre combat, sans doute bien difficile, pour empêcher la dissociation de la France, l’islamisation de l’Europe, la dissolution de l’Occident (le vrai), me touche profondément", explique Dantec. "La maison Gallimard est, paraît-il, depuis ce matin débordée d’appels et de mails demandant CONFIRMATION que ce salaud d’écrivain nazi-sioniste-chrétien s’est bien compromis avec de méchants fascistes nationalistes français, entre autres choses parce qu’il en a marre de voir les "sans-papiers" venus du Kurdistan, d’Irak ou de la Moldo-Slovaquie orientale "occuper" systématiquement les églises catholiques de ce pays, mais pas une seule mosquée." Il assure que "Le Nouvel Obs et sa hantise du complot "judéo-nazi" a fait des émules : ils écoutent du rock alternatif, votent Vert et lisent en boucle Jean-Paul Sartre depuis leur enfance". (Le Monde du 22 Janvier)

Sa maison d’édition, Gallimard, s’est dit consternée par les propos de Dantec.

 29/11/2003
 vincent

Maurice G. Dantec par Mathieu Kassovitz

Voilà une nouvelle qui risque d’enthousiasmer les fans de Maurice G. Dantec, Mathieu Kassovitz se lance dans l’adaptation de Babylon Babies.


Source: L’IDEOLOGIE SOCIALE DE LA BAGNOLE

Et que vive le vélo!

... Paradoxe de la voiture automobile : en apparence, elle conférait à ses propriétaires une indépendance illimitée, leur permettant de se déplacer aux heures et sur les itinéraires de leur choix à une vitesse égale ou supérieure à celle du chemin de fer. Mais, en réalité, cette autonomie apparente avait pour envers une dépendance radicale : à la différence du cavalier, du charretier ou du cycliste, l’automobiliste allait dépendre pour son alimentation en énergie, comme d’ailleurs pour la réparation de la moindre avarie, des marchands et spécialistes de la carburation, de la lubrification, de l’allumage et de l’échange de pièces standard. A la différence de tous les propriétaires passés de moyens de locomotion, l’automobiliste allait avoir un rapport d’usager et de consommateur — et non pas de possesseur et de maître — au véhicule dont, formellement, il était le propriétaire. Ce véhicule, autrement dit, allait l’obliger à consommer et à utiliser une foule de services marchands et de produits industriels que seuls des tiers pourraient lui fournir. L’autonomie apparente du propriétaire d’une automobile recouvrait sa radicale dépendance.
Les magnats du pétrole perçurent les premiers le parti que l’on pourrait tirer d’une large diffusion de l’automobile : si le peuple pouvait être amené à rouler en voiture à moteur, on pourrait lui vendre l’énergie nécessaire à sa propulsion. Pour la première fois dans l’histoire, les hommes deviendraient tributaires pour leur locomotion d’une source d’énergie marchande. Il y aurait autant de clients de l’industrie pétrolière que d’automobilistes — et comme il y aurait autant d’automobilistes que de familles, le peuple tout entier allait devenir client des pétroliers. La situation dont rêve tout capitaliste allait se réaliser : tous les hommes allaient dépendre pour leurs besoins quotidiens d’une marchandise dont une seule industrie détiendrait le monopole.


Non mais quelle connasse!
Wong Kar-Wai de Thierry Jousse
Journal d’hirondelle d’Amélie Nothomb
Mémoire de mes putains tristes
Histoire de zombies
Douglas Coupland - Girlfriend in a Coma
Honnêteté inattendue
Dantec : le fascisme fait-il vendre? (II)
Dantec : le fascisme fait-il vendre?
Maurice G. Dantec par Mathieu Kassovitz
Et que vive le vélo!